Un vieux couple de Pieds-Noirs en pélerinage dans la ville de leur enfance : Blida 31/10/2010 à 13h18 – mis à jour le 15/01/2011 à 15h19 | – vues | - réactions pelerinage à la ville des roses (Août 2010)
Par : Mr et Mme. Nathalie et Robert Hanser

C’est avec une pointe au cœur que mon mari Robert et moi, avons envisagé d’effectuer un pèlerinage dans la ville qui nous a vus grandir et où nous avons passé le plus clair de notre temps. Nous étions comme stressés. Nous étions comme sur un nuage à voguer dans l’espace, à tournoyer au gré du vent qui allait nous emmener vers une destination qui ne nous était pas inconnue. Cet état d’âme me fait rappeler cette pesanteur maladive qu’on éprouve avant tout examen qui décidera de la suite de notre carrière. Blida, la ville de ma jeunesse, la ville de mon premier amour, la ville des roses nous est restée, durant toute cette absence, gravée dans nos mémoires respectives à tel point que nos enfants se lassaient de nous entendre ressasser toujours les mêmes histoires, les mêmes souvenirs qui ont jalonné notre parcours jusqu’en 1962. Ce qui nous taraudait l’esprit c’était de faire le circuit inverse que celui de 1962 . Avec en moins, cette tristesse, ces larmes, ces sanglots de nous autres déracinés, entassés comme du bétail dans le « Kairouan » ce bateau comparable, Ô mon Dieu, à une épave à laquelle nous nous agrippions de toutes nos forces.

et les noirs souvenirs remontent en surface
Les bambins de tout âge, dans l’innocence de l’âge, jouaient infatigablement alors les parents, assis pêle-mêle, pensifs , parfois en larmes, n’arrivaient pas comprendre ce qui nous arrivait. Partir et s’éloigner au plus vite, le sort s’abattait cruellement sur cette marée humaine.
macabres souvenir de notre exode
Gaston Deferre Presse Française : Cessez le feu le 19/03/1962 à midi
et , quant à notre accueil en France, mieux vaut ne pas en parler …… !!!
photo : La Rouguière, Août 1962 : des villages de tentes ont été dressés pour accueillir les réfugiés. Ci-dessus : visite de Robert Boulin
Mais, pour le moment, reposons pied à terre, puisqu’il s’agit de faire le trajet inverse, ce qui nécessite en principe des préparatifs. Qui eut cru ? Tout se déroulait comme dans un rêve. Les souvenirs étaient pliées dans un coin poussiéreux de la mémoire, des souvenirs indélébiles qui dureront le restant de notre vie., Nous allions réaliser l’irréalisable. Qui eut pensé ? Et qui sait que nous étions bien éveillés ? Nous n’avions pas pris soin de préparer notre voyage comme on le fait habituellement mais, le fait de se retrouver en Algérie suffisait amplement pour satisfaire notre désir d’arpenter, comme au bon vieux temps, les majestueuses rues de la ville. J’espère, pour la circonstance, que les lilas, les jasmins et les roses ouvriront leurs pétales comme quelqu’un qui vient de se réveiller d’un long sommeil pour nous accueillir à bras ouverts. La forte impression que j’avais, et du fait de me retrouver « là-bas », je considèrerai ce jour comme étant ma deuxième naissance. Retrouver les amis, les voisins, le quartier d’enfance, l’épicier du coin, l’école primaire, le collège du boulevard… Les noms de ceux qui ont marqué mon enfance m’échappent, chaque nom évoque bien des souvenirs. Ces délices d’un certain temps se sont dilués et emportés par les évènements vécus et par le demi siècle se séparation.
Nous avions l’impression, qu’au devant de nous, tout grouillait comme dans une pièce de théâtre, où tout le monde devait prendre place avant les trois coups qui annoncent la levée des rideaux. Alger la Blanche pointait à l’horizon, nous la voyons se rapprocher au ralenti comme dans un film pour faire durer le plaisir. Nous devinions au loin, malgré la distance : Bab-El-Oued, La Casbah, juste en face et, sur le versant gauche de notre vue, une majestueuse tour s’élançait vers le néant comme pour nous souhaiter la bienvenue. …/… Makam Echahid ou Monument aux morts Robert balayait de son regard cette façade blanche d’Alger qui nous narguait par plaisir comme deux anciens amis qui se retrouvent après une longue séparation. Baie d’Alger
la Blanche
Les formalités douanières d’usage se sont déroulées comme partout ailleurs avec, en prime, un accueil courtois et un sourire de bienvenue comme si, sur notre front, il était indiqué que nous étions des Pieds-Noirs avides de revoir ce magnifique pays. Au fond de nous-mêmes, nous étions curieux de connaître la réaction de ces préposés à l’accueil en découvrant sur nos passeports que nous étions en fait des Français d’Algérie.
« Des pieds-noirs ? » lança-t-il avec un air qui cachait cette joie de voir des …revenants. On eut dit qu’un éclair illumina sa face en voyant Robert répondre par un signe affirmatif. Mon mari plié par le poids des ans, face au carrousel des bagages, ne pût soulever les cabas une fois parvenus à son niveau. C’est un autre voyageur qui se sentit obligé de lui prêter assistance. Il l’aida à déposer sur le chariot nos maigres bagages. Puis, comme un éclair, cet autre voyageur, en entendant Robert m’apostropher, comprit à son accent qui nous étions. Puis, sans attendre notre réponse, il nous informa – comme pour nous rassurer- que dans le paquebot il y avait d’autres Français originaires d’Algérie venus en pèlerinage et se proposent – selon leurs dires- de profiter au maximum de leur séjour et d’aller partout à la fois
Mon mari, habituellement accrocheur pour engager la conversation avec le premier venu ; perdit subitement sa langue. Je décidais de demander à cet inconnu de nous orienter, une fois en dehors de l’enceinte portuaire, vers la station de taxis puisque nous nous sommes promis, de faire cap vers Blida que nous étions pressés de redécouvrir.
Après avoir remercié le guide du moment, le taxi aux couleurs new-yorkaises s’engouffra dans une autoroute faisant face à la jetée puis c’était le tunnel Ouchayah pour arriver, un peu plus tard à Baba-Ali, Birtouta, Boufarik et enfin : la majestueuse ville des roses, la ville de nos rêves : Blida cernée par les montagnes de Chréa qui nous paraissaient plus hautes que d’habitude. Durant tout le parcours, Robert et moi regardions émerveillés le paysage que nous découvrons plus beau encore qu’il ne le fut. Les autoroutes, les intersections, les travaux en cours confirmaient les dires selon lesquels l’Algérie était un véritable chantier. Et, tout d’un coup, l’entrée de la ville de Blida, nous accueilla sous une majestueuse voûte au style arabesque tout près du centre hippique. C’est à l’hôtel X que nous déchargions nos maigres bagages et là, nous n’avons pas hésité un seul instant devant le maître d’hôtel pour lui faire comprendre que nous sommes dans la ville de notre enfance et que nous devions rester quelques jours. Une fois installés dans notre chambre, nous avons relâché nos forces pour nous assoupir non sans avoir dégusté une tasse de chorba-frick préparée avec la doigté que nous connaissons aux gens de la ville. oooOooo
Notre série de surprises
vue tout simplement ….féérique …!
Robert, bien qu’éprouvé par sa dernière maladie, en sentant l’air marin d’Alger, se sentait revivre. Il cachait mal son sourire. Son émotion était telle que son visage –autrefois crispé et ridé – avait subitement pris des couleurs exprimant le bien-être, sa joie de se retrouver ici , en Algérie, de réaliser ce qui nous paraissait – tout simplement- irréalisable.
relief Blidéen Les barrages de gendarmerie veillaient à la fluidité de la circulation et, traquaient certainement –comme en France- les amateurs de rallye sur ces espaces routiers nouvellement déroulés dans cette Mitidja la féconde.
Elle porte bien son nom : La ville des roses
Bois sacré ou Sidi Yakoub
Nous avions projeté de nous installer dans un hôtel au centre ville, tout près de la place d’armes. J’étais un peu inquiète de l’état de santé de Robert mais, apparemment, tout semblait être parfait pour le moment.
Vue de Blida
Abdelkrim, le gérant, redoubla de chaleur et d’amabilité à notre égard en apprenant que nous étions originaires de la ville. Il nous promit de mettre à notre disposition son véhicule personnel de sorte à nous faciliter nos déplacements. C’est à l’appel du muezzin que nous nous sommes réveillés. A cette période, la prière de l’aube était aux environs de 04h 20. Il était hors de question pour nous de faire la grasse matinée. Nous avions l’impression que nous étions comme deux arbustes entrain de périr, deux arbustes qui reprennent leurs couleurs et qui dégagent la vitalité digne d’un couple au printemps de leur vie. Une fois sortis de l’hôtel, la place d’armes devenue « placet ettout » fut le premier endroit vers lequel nous nous sommes dirigés. L’imprimerie Mauguin, au coin de la place, les terrasses de cafés cernaient le point central de la ville.


Nous longions la route avec l’intention de parvenir à la route de Chréa en admirant l’école Cazenave sur notre gauche, cette école qui fut en son temps une véritable usine d’apprentissage scolaire du temps de Mr.Adriet, Mme Vianelli, Mrs Gouillon, Finateu, Ivora, Alain Cardonna et tant d’autres.

Cazenave

Enseignant de l’Ecole Cazenave
Les jeunes d’hier sont les adultes aujourd’hui et se remémorent certainement leur jeunesse comme une page du passé pliée dans les archives de l’histoire. Nous entamons l’Avenue des moulins et nos cœurs remplis d’espoirs de retrouver ceux qui étaient les voisins d’une certaine période. La vie y est active au vu des commerces florissants et aux vitrines savamment achalandées qui n’avaient rien à envier aux devantures situées de l’autre côté de la rive. Les gens qui nous croisaient souriaient à notre passage comme si nous étions perçus comme étant des revenants en visite et, pourquoi pas, en pèlerinage dans les quartiers de notre jeunesse. C’est alors qu’un Monsieur nous croisa non sans nous avoir fixés des yeux comme s’il voulait nous questionner sur notre identité. Il revint sur ses pas et, poliment, nous apostropha : » Ce n’est pas Mr et Mme Hanser par hasard ? » Il nous reconnut et tous les traits de son visage s’éclaircirent avec un sourire qui en disait long sur sa joie de nous retrouver.
Et Robert le reconnut au timbre de sa voix de lui répondre : » Je parie que c’est Ali, le petit diable qui voulait toujours et à tout prix s’accaparer de mon vélo de course !!!! « Je n’en revenais pas. J’étais plongée dans l’ignorance jusqu’au moment où Robert et Ali s’enlacèrent chaleureusement. On eut dit que les deux amis d’autrefois venaient de ressusciter après avoir été enterrés et perdus à jamais.
Ils avaient peine à se détacher l’un de l’autre et, en essayant de porter mon grain de sel à cette rencontre, je remarquai quelques larmes , qu’on eut dit des perles tellement qu’elles étaient pures et sincères, sur les joues de ces amis et frères d’enfance. C’est alors que Robert se rappela de ma présence. Je lui paraissais complètement hors-jeu. Il détacha son bras de l’épaule d’Ali, et me tint par le bras pour me rafraîchir la mémoire.
C’est alors qu’un klaxon se fit entendre. En se penchant, Ali reconnut la voiture de son fils, puis , nous posa une suite de questions et ne nous laissa même pas le temps de répondre. Il décida du coup de nous embarquer à la va-vite puisque l’arrêt momentanné sur cette voie principale de la ville était interdit, de faire cap vers l’hôtel et de récupérer nos affaires. Pour lui et conformément aux traditions, il était hors de question, jugea-t-il, de résider dans un hôtel alors que sa demeure, bien qu’étroite, deviendrait très spacieuse pour nous contenir. « Nathalie, je ne sais pas si tu te rappelles de l’impasse qui longeait le cimetière Mozabite? «
En prononçant mon petit nom, Ali voulait porter plus de précision comme s’il voulait préciser avec une pointe d’humour :
« Mme. Nathalie …euh… la fille de Mr. et Mme Picot qui habitaient tout près des familles Benhaffaf et Skander ? Comment oublier cette charmante demoiselle qu’on surnommait : Miss Blida ? « »
Je hochai la tête pour acquiescer. En lui tendant la main pour le saluer, il me tira vers lui pour me faire la bise comme le feraient des membres d’une seule famille. Sans demander notre avis, il ouvrit les portières gauches et nous fit monter rapidement puisque, derrière, la file de voitures commençait à s’allonger.
Il conclut que nous venions à peine d’arriver et que nous avons élu domicile dans l’hôtel mitoyen au lycée Duveyrier. Je ressentis la chair de poule parcourir tout mon cœur à entendre de telles paroles émanant d’un cœur sincère, un cœur et un sentiment de probité qui- de notre temps- ne court pas les rues.
C’est alors que nous arrivons devant son domicile à la route des glacières.
Sa femme ouvrit la porte et, en nous voyant, se sentit gênée de se retrouver face à face à des étrangers alors qu’elle aurait souhaité être plus présentable pour nous accueillir. Elle lâcha quand même un sourire, nous invita à entrer après la plaisanterie lâchée par Ali qui déclara avoir une pointe d’humour : C’est la prise de l’année puis dévoila qui nous sommes. Après les embrassades familiales, et là c’est le terme, elle se précipita vers le salon pour nous inviter de prendre place et de nous mettre à l’aise. J’eus quand même le temps de parcourir des yeux la cour au milieu de laquelle s’élevait majestueusement une vigne dont les branches se croisaient avec le jasmin à l’odeur qui nous rappelait bien le bon temps. Pendant que Robert plaisantait avec Ali, Zohra me tint par la main et m’invita à l’accompagner en dehors de la chambre.A l’approche de l’Iftar, rupture du jeûne, aux environs de 19h30, j’ai remarqué que les habitudes ancestrales étaient toujours de rigueur. C’est dans la cour de la maison largement tapissée pour la circonstance, que la meyda allait servir au rassemblement.
Cour style arabesque A l’époque, du temps de la France, c’était un canon qui tonnait pour signaler la rupture du jeûn. Les choses ayant évolué avec le temps, ce sont les haut-parleurs des mosquées ou alors la télévision qui informe la population de la fin de la journée d’abstinence.
Haik Algérien
Dans le salon, des canapés de style oriental recouverts d’un tissus aux couleurs chatoyantes et le tout, autour d’ une meyda, sorte de table , sur laquelle on ramena un pot d’une plante aromatique pour donner une meilleure ambiance à cette réception impromptue pourtant simple mais émanant de cœurs simples mais combien chaleureux.
salon
Elle me fit pénétrer dans sa chambre à coucher et là, sur le lit, était posée ma valise. Je fus interrogative quand la charmante dame me dit : » durant tout votre séjour, ma chambre deviendra la vôtre ! » Je ne sus quoi dire devant tant de gentillesse. Elle me fit visiter hâtivement toutes les chambres ; cuisine, salle de bain, living-room et, évidement les toilettes où j’avais une envie folle de soulager ma vessie qui en avait bien besoin. Les adultes se préparent aux ablutions et à la prière collective aura lieu au coucher du soleil c’est-à-dire lorsque des minarets des mosquées de la ville se fera entendre El-Adhan, signalant la rupture du jeun. A l’annonce, le chef de famille sert d’Imam pour diriger la prière.

Prière collective
Robert et moi, assis sur le rebord des matelas qui cernent la table collective, regardions avec admiration cet engouement de la chose religieuse en guise de remerciement au créateur de les avoir faits naître au sein de cette Umma, cette grande communauté qui ne reconnaît que Allah en tant que maître de l’univers et Mohamed en tant que son fidèle messager et serviteur. Il est vrai que les autres messagers et les autres Livres révélés (comme nous l’apprendrons par la suite) et tel que stipulé dans le CORAN, sont également respectés par ceux qui croient en l’unicité du créateur appelé différemment Seigneur, pour les Chrétiens, et Allah pour les Musulmans.
On se croirait dans un conte de fée en voyant ces nombreux plats garnir la table. Les salades de toute nature sur le rebord de la table au milieu de laquelle la fameuse soupe “la Chorba”
dont nous avons toujours entendu parler, allait prendre place. Chorba Il est vrai qu’à l’époque, du temps de notre jeunesse, quand nous résidions la ville, les voisins de quartier nous faisaient parvenir de ces plats variés et, Dieu sait comment et combien nous apprécions leur saveur. Un autre plat allait s’offrir à nous, appelé “Djwez”
qui consistait à rassembler des morceaux de viande et certaines légumes. Ce plat, savamment préparé, allait nous faire oublier le délice du premier plat. Les bouteilles de limonades n’avaient pas le temps de se vider que d’autres allaient prendre place. Nous goûtions à tous ces délices et, je me dois de dire, que nous n’étions nullement considérés en tant qu’étrangers mais des membres, à part entière, de cette formidable famille.
Osbane Évidemment, le service était ponctué par des anecdotes qui faisaient que nous mangions sans nous rendre compte si nos fragiles estomacs allaient supporter toutes ces variétés exposées devant nous. Le troisième plat arriva, après avoir vidé ou épuisé le second. C’était de la viande sucrée appelé localement « l’ham El Hlou bel berkouka » préparé aux prunes. Là, je m’avouai vaincue puisqu’il n’y avait plus de place pour contenir quoique ce soit.
djelbana …/… La discussion allait bon enfant au milieu des rires et des histoires qui se déversaient autour de la table familiale. La communication se faisait la plupart du temps en Français pour nous permettre de ne pas nous sentir » hors champs » façon de nous intégrer au maximum au rythme fort sympathique de cette magnifique famille.
La table débarrassée, le service café allait prendre place. Les bâtonnets de Zalabia et les variétés de sucreries maison arriveront à leur tour. Sbaa
Mhencha
Le majestueux couple
photos souvenirs d’une des soirées Blidéennes. L’invité du jour , un ancien de Blida , un PN. Le ramadhan dans le monde Musulman avait cette particularité de rassembler et de manger tous ensemble et à la même heure.
Une discipline que ne dissiperont ni les hommes ni le temps.
A un moment d’égarement, j’observais ces branches de citronnier qui s’entremêlaient avec les branches de l’oranger comme pour un parfait amour à dessein de livrer le fruit de leur semence à ces gens qui n’ont rien d’expert en arboriculture. Tout autour des grappes de raisin pendaient comme pour signaler leur présence. …/… Les soirées sont festives puisqu’elles rassemblent, et à tour de rôle, la plupart des voisines du quartier dans une seule demeure. Chacune viendra avec en offrande un plat de sucrerie qui s’ajoutera aux autres sur la meyda comme dans un conte des milles et une nuit.
Robert et moi serons conviés le jour et les jours suivants au sein de toutes les familles que nous avons eu à connaître ou à reconnaître.
Nous étions, pour certains, mi allongés, pour d’autres assis à même le sol sur le tapis quant aux plus jeunes, les élégantes demoiselles, chargées du service pour soulager la maman qui eut à préparer durant toute l’après midi toutes ces variétés de plats.
Ali nous apprendra que le mois du Ramadhan était un mois de sacrifice de soi même au service de Dieu. La baraka ou l’auto suffisance était un don divin durant ce mois et les familles nécessiteuses sont naturellement prises en charge par le voisinage. Ceci est une caractéristique de ce mois d’abstinence et le même comportement est partout similaire quel que soit le lieu ou le pays dans ce vaste monde Musulman. Les plus jeunes se lancent sans attendre dans la danse frénétique au rythme de la derbouka, genre de tam-tam, et l’exhibition des corps qui vibrent et se tortillent comme pour parfaire la danse, se fera jusqu’à une heure tardive de la nuit. Au bout des 15 jours que j’ai eu à passer dans ma ville natale, ce n’est pas moins de 17 kg qui sont venus s’ajouter à mon poids (Robert 12) et, qui me croira si j’ajoutais que mes médicaments que je prenais régulièrement pour calmer mes douleurs rhumatismales ont été, comme par enchantement, oubliés puisque j’avoue, le fait de me retrouver dans la ville des roses, a été un remède des plus efficace. oooOooo
…/…
…/… Retour au pays d’exil : la France
Une autre déchirure allait s’imposer. La séparation avec ces nombreuses familles n’a pas été chose facile. Loin de là ! La seule consolation est de revenir et revenir autant de fois tant que Dieu nous accorde vie et santé. Au fond de nous même nous regrettions de ne pas avoir effectué le premier pas les années précédentes.
Les gens qui nous ont reçus, les familles que nous avons côtoyées, les paroles à notre égard que nous avons entendues durant tout notre séjour, la gentillesse tout à fait naturelle que nous avons ressentie, tout ceci est difficile à traduire en peu de mots mais, il est à dire que les Algériens sont un peuple magnifique, que les Algériens sont nos frères tellement nous sommes attachés et tellement nous nous comprenons au simple regard…et ceci est énorme .
Photo souvenir des amis de Blida la Rose accueillant Zaragoci en pélerinage, De g à d : Zaragoci (ancien du FCB). Salah(artiste TV) , Khabatou (ancien du FCB)
Zaragoci et le fanion de l’USMB L’origine de notre déracinement est l’œuvre de ceux qui avaient tout à gagner en créant la discorde au sein d’une même famille.
Et nous étions une même famille. Conscients du tissage entre les 2 communautés , les négociations d’Evian entre les représentants des 2 parties en conflit prévoyaient que les Pieds-Noirs étaient libres de partir ou de rester tout en conservant leurs biens acquis à la sueur de leur front. document signé par les 2 parties à Evian
Que l’Algérien s’appelle Ali ou Robert, que la femme s’appelle Fatiha ou Josette, ne sommes nous pas des mortels ? Ne sommes–nous pas appelés à partir de ce bas monde avec, en prime, nos actes qui témoigneront de tout ce que nous avons faits comme bien ou en mal ? Ne sommes nous comme des produits…périssables avec un début et une fin ?
Je pars du principe que la vie est courte, alors aimons-nous les uns les autres et débarrassons de nos esprits cette haine d’autrui qui ne servira qu’à exacerber notre train de vie. Nous sommes dans ce bas monde que de passage à l’image du nuage qui trône haut dans le ciel puis, sans nous rendre compte, disparait à jamais ! Je ne sais pas si nombreux sont ceux qui perçoivent la chose comme je la perçois puisque notre triste exode –encore elle- a été une déchirure traumatisante, un pan de notre vie qui s’est effacé. Je ne gagne rien en disant ceci. Une hirondelle ne peut faire le printemps, mais au moins j’éprouve cette profonde satisfaction morale de le dire.
J’appelle à l’amour et non pas la haine. Je sème la fraternité entre les gens indépendamment de leur culture et leur race ! Quant à “certains” sites internet que je ne citerai pas, pour ne pas avoir à leur accorder cet honneur , ces sites qui crachent leur venin , sont toujours accrochés à un passé révolu. Ils le font exactement comme quelqu’un qui pense bien faire en gardant les yeux fixés sur le rétroviseur pour se retrouver un jour dans le décors. Le monde évolue à la vitesse d’un TGV , eux par faiblesse maladive et une conscience chargée de remords pour nous avoir extirpés de nos racines, diffusent des documents révoltants dont la plupart sont falsifiés comme s’ils tenaient la boite aux milles secrets alors qu’ils ne représentent qu’eux mêmes. Heureusement que nous , les Français d’Algérie appelés communément Pieds-Noirs, avons pris conscience – bien que sur le tard – que la tragédie qui nous a été imposée par ceux qui étaient sensés nous défendre, cette tragédie ou scénatio monté de toutes pièces consistait – ô mon Dieu – à nous faire croire que nos vies seraient en danger avec l’arrivée des maquisards revenant des djebels, un certain 05 Juillet 1962. Un demi siècle après notre exode, les langues se délient. Ceux qui nous avaient trempés dans un macabre suicide en nous faisant croire à la « valise ou le cercueil » , ceux là , sentant leur fin prochaine, libèrent leur charge, avouent leurs regrets de nous avoir tout simplement mentis. Se repentir est certainement noble mais pourquoi le faire après un demi-siècle puisqu’on ne peut remonter dans le temps ? La vie est une succession d’expériences. La nôtre fut des plus horribles parce que nous avons été bernés par cette fameuse rumeur et nous été naifs au point où nous nous sommes retrouvés jetés vulgairement dans les cales pour nous retrouver à la merci de gens qui nous accueillirent avec dédain, avec mépris et avec froideur. Ainsi va la vie !
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merci pour votre vision des choses et des êtres,
ainsi que pour votre compréhension des hommes et de l’Algérie. Envie de réagir à ce post par une photo, une vidéo ou un autre post ?
Ecrivez un post en réponse ! Un vieux couple de Pieds-Noirs en pélerinage dans la ville de leur enfance : Blida 31/10/2010 à 13h18 – mis à jour le 01/12/2010 à 13h19 | – vues | - réactions
pelerinage à la ville des roses (Août 2010) Par : Mr et Mme. Nathalie et Robert Hanser
C’est avec une pointe au cœur que mon mari Robert et moi, avons envisagé d’effectuer un pèlerinage dans la ville qui nous a vus grandir et où nous avons passé le plus clair de notre temps. Nous étions comme stressés. Nous étions comme sur un nuage à voguer dans l’espace, à tournoyer au gré du vent qui allait nous emmener vers une destination qui ne nous était pas inconnue. Cet état d’âme me fait rappeler cette pesanteur maladive qu’on éprouve avant tout examen qui décidera de la suite de notre carrière. Blida, la ville de ma jeunesse, la ville de mon premier amour, la ville des roses nous est restée, durant toute cette absence, gravée dans nos mémoires respectives à tel point que nos enfants se lassaient de nous entendre ressasser toujours les mêmes histoires, les mêmes souvenirs qui ont jalonné notre parcours jusqu’en 1962. Ce qui nous taraudait l’esprit c’était de faire le circuit inverse que celui de 1962 . Avec en moins, cette tristesse, ces larmes, ces sanglots de nous autres déracinés, entassés comme du bétail dans le « Kairouan » ce bateau comparable, Ô mon Dieu, à une épave à laquelle nous nous agrippions de toutes nos forces.
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et les noirs souvenirs remontent en surface …/… Les bambins de tout âge, dans l’innocence de l’âge, jouaient infatigablement alors les parents, assis pêle-mêle, pensifs , parfois en larmes, n’arrivaient pas comprendre ce qui nous arrivait. Partir et s’éloigner au plus vite, le sort s’abattait cruellement sur cette marée humaine.
macabres souvenir de notre exode Gaston Deferre Presse Française : Cessez le feu le 19/03/1962 à midi et , quant à notre accueil en France, mieux vaut ne pas en parler …… !!!
photo : La Rouguière, Août 1962 : des villages de tentes ont été dressés pour accueillir les réfugiés. Ci-dessus : visite de Robert Boulin oooOooo Mais, pour le moment, reposons pied à terre, puisqu’il s’agit de faire le trajet inverse, ce qui nécessite en principe des préparatifs.
Qui eut cru ? Tout se déroulait comme dans un rêve. Les souvenirs étaient pliées dans un coin poussiéreux de la mémoire, des souvenirs indélébiles qui dureront le restant de notre vie., Nous allions réaliser l’irréalisable. Qui eut pensé ? Et qui sait que nous étions bien éveillés ? Nous n’avions pas pris soin de préparer notre voyage comme on le fait habituellement mais, le fait de se retrouver en Algérie suffisait amplement pour satisfaire notre désir d’arpenter, comme au bon vieux temps, les majestueuses rues de la ville. J’espère, pour la circonstance, que les lilas, les jasmins et les roses ouvriront leurs pétales comme quelqu’un qui vient de se réveiller d’un long sommeil pour nous accueillir à bras ouverts. La forte impression que j’avais, et du fait de me retrouver « là-bas », je considèrerai ce jour comme étant ma deuxième naissance. Retrouver les amis, les voisins, le quartier d’enfance, l’épicier du coin, l’école primaire, le collège du boulevard… Les noms de ceux qui ont marqué mon enfance m’échappent, chaque nom évoque bien des souvenirs. Ces délices d’un certain temps se sont dilués et emportés par les évènements vécus et par le demi siècle se séparation.
Eglise de Blida …/…
Douerate (Blida) Nous avions l’impression, qu’au devant de nous, tout grouillait comme dans une pièce de théâtre, où tout le monde devait prendre place avant les trois coups qui annoncent la levée des rideaux. Alger la Blanche pointait à l’horizon, nous la voyons se rapprocher au ralenti comme dans un film pour faire durer le plaisir. Nous devinions au loin, malgré la distance : Bab-El-Oued, La Casbah, juste en face et, sur le versant gauche de notre vue, une majestueuse tour s’élançait vers le néant comme pour nous souhaiter la bienvenue. …/… Makam Echahid ou Monument aux morts Robert balayait de son regard cette façade blanche d’Alger qui nous narguait par plaisir comme deux anciens amis qui se retrouvent après une longue séparation. Baue d’Alger la Blanche
Les formalités douanières d’usage se sont déroulées comme partout ailleurs avec, en prime, un accueil courtois et un sourire de bienvenue comme si, sur notre front, il était indiqué que nous étions des Pieds-Noirs avides de revoir ce magnifique pays. Au fond de nous-mêmes, nous étions curieux de connaître la réaction de ces préposés à l’accueil en découvrant sur nos passeports que nous étions en fait des Français d’Algérie. « Des pieds-noirs ? » lança-t-il avec un air qui cachait cette joie de voir des …revenants. On eut dit qu’un éclair illumina sa face en voyant Robert répondre par un signe affirmatif. Mon mari plié par le poids des ans, face au carrousel des bagages, ne pût soulever les cabas une fois parvenus à son niveau. C’est un autre voyageur qui se sentit obligé de lui prêter assistance. Il l’aida à déposer sur le chariot nos maigres bagages. Puis, comme un éclair, cet autre voyageur, en entendant Robert m’apostropher, comprit à son accent qui nous étions. Puis, sans attendre notre réponse, il nous informa – comme pour nous rassurer- que dans le paquebot il y avait d’autres Français originaires d’Algérie venus en pèlerinage et se proposent – selon leurs dires- de profiter au maximum de leur séjour et d’aller partout à la fois.. …/… Mon mari, habituellement accrocheur pour engager la conversation avec le premier venu ; perdit subitement sa langue. Je décidais de demander à cet inconnu de nous orienter, une fois en dehors de l’enceinte portuaire, vers la station de taxis puisque nous nous sommes promis, de faire cap vers Blida que nous étions pressés de redécouvrir.
Après avoir remercié le guide du moment, le taxi aux couleurs new-yorkaises s’engouffra dans une autoroute faisant face à la jetée puis c’était le tunnel Ouchayah pour arriver, un peu plus tard à Baba-Ali, Birtouta, Boufarik et enfin : la majestueuse ville des roses, la ville de nos rêves : Blida cernée par les montagnes de Chréa qui nous paraissaient plus hautes que d’habitude. Durant tout le parcours, Robert et moi regardions émerveillés le paysage que nous découvrons plus beau encore qu’il ne le fut. Les autoroutes, les intersections, les travaux en cours confirmaient les dires selon lesquels l’Algérie était un véritable chantier. Et, tout d’un coup, l’entrée de la ville de Blida, nous accueilla sous une majestueuse voûte au style arabesque tout près du centre hippique.
C’est à l’hôtel X que nous déchargions nos maigres bagages et là, nous n’avons pas hésité un seul instant devant le maître d’hôtel pour lui faire comprendre que nous sommes dans la ville de notre enfance et que nous devions rester quelques jours. Une fois installés dans notre chambre, nous avons relâché nos forces pour nous assoupir non sans avoir dégusté une tasse de chorba-frick préparée avec la doigté que nous connaissons aux gens de la ville. oooOooo Ma série de surprises vue tout simplement ….féérique …!…/…
Robert, bien qu’éprouvé par sa dernière maladie, en sentant l’air marin d’Alger, se sentait revivre. Il cachait mal son sourire. Son émotion était telle que son visage –autrefois crispé et ridé – avait subitement pris des couleurs exprimant le bien-être, sa joie de se retrouver ici , en Algérie, de réaliser ce qui nous paraissait – tout simplement- irréalisable.
relief Blidéen Les barrages de gendarmerie veillaient à la fluidité de la circulation et, traquaient certainement –comme en France- les amateurs de rallye sur ces espaces routiers nouvellement déroulés dans cette Mitidja la féconde. Elle porte bien son nom : La ville des roses Bois sacré ou Sidi Yakoub
Nous avions projeté de nous installer dans un hôtel au centre ville, tout près de la place d’armes. J’étais un peu inquiète de l’état de santé de Robert mais, apparemment, tout semblait être parfait pour le moment.
Vue de BlidaAbdelkrim, le gérant, redoubla de chaleur et d’amabilité à notre égard en apprenant que nous étions originaires de la ville. Il nous promit de mettre à notre disposition son véhicule personnel de sorte à nous faciliter nos déplacements. C’est à l’appel du muezzin que nous nous sommes réveillés. A cette période, la prière de l’aube était aux environs de 04h 20. Il était hors de question pour nous de faire la grasse matinée. Nous avions l’impression que nous étions comme deux arbustes entrain de périr, deux arbustes qui reprennent leurs couleurs et qui dégagent la vitalité digne d’un couple au printemps de leur vie. Une fois sortis de l’hôtel, la place d’armes devenue « placet ettout » fut le premier endroit vers lequel nous nous sommes dirigés. L’imprimerie Mauguin, au coin de la place, les terrasses de cafés cernaient le point central de la ville. …/… Place d’Armes (Blida) Nous longions la route avec l’intention de parvenir à la route de Chréa en admirant l’école Cazenave sur notre gauche, cette école qui fut en son temps une véritable usine d’apprentissage scolaire du temps de Mr.Adriet, Mme Vianelli, Mrs Gouillon, Finateu, Ivora, Alain Cardonna et tant d’autres. Ecole Cazenave
Enseignant de l’Ecole Cazenave Les jeunes d’hier sont les adultes aujourd’hui et se remémorent certainement leur jeunesse comme une page du passé pliée dans les archives de l’histoire. Nous entamons l’Avenue des moulins et nos cœurs remplis d’espoirs de retrouver ceux qui étaient les voisins d’une certaine période. La vie y est active au vu des commerces florissants et aux vitrines savamment achalandées qui n’avaient rien à envier aux devantures situées de l’autre côté de la rive. Les gens qui nous croisaient souriaient à notre passage comme si nous étions perçus comme étant des revenants en visite et, pourquoi pas, en pèlerinage dans les quartiers de notre jeunesse. C’est alors qu’un Monsieur nous croisa non sans nous avoir fixés des yeux comme s’il voulait nous questionner sur notre identité. Il revint sur ses pas et, poliment, nous apostropha : » Ce n’est pas Mr et Mme Hanser par hasard ? » Il nous reconnut et tous les traits de son visage s’éclaircirent avec un sourire qui en disait long sur sa joie de nous retrouver. Et Robert le reconnut au timbre de sa voix de lui répondre : » Je parie que c’est Ali, le petit diable qui voulait toujours et à tout prix s’accaparer de mon vélo de course !!!! «
…/… Je n’en revenais pas. J’étais plongée dans l’ignorance jusqu’au moment où Robert et Ali s’enlacèrent chaleureusement. On eut dit que les deux amis d’autrefois venaient de ressusciter après avoir été enterrés et perdus à jamais. Ali Maizi (photo) Ils avaient peine à se détacher l’un de l’autre et, en essayant de porter mon grain de sel à cette rencontre, je remarquai quelques larmes , qu’on eut dit des perles tellement qu’elles étaient pures et sincères, sur les joues de ces amis et frères d’enfance. C’est alors que Robert se rappela de ma présence. Je lui paraissais complètement hors-jeu.
Il détacha son bras de l’épaule d’Ali, et me tint par le bras pour me rafraîchir la mémoire.
C’est alors qu’un klaxon se fit entendre. En se penchant, Ali reconnut la voiture de son fils, puis , nous posa une suite de questions et ne nous laissa même pas le temps de répondre. Il décida du coup de nous embarquer à la va-vite puisque l’arrêt momentanné sur cette voie principale de la ville était interdit, de faire cap vers l’hôtel et de récupérer nos affaires. Pour lui et conformément aux traditions, il était hors de question, jugea-t-il, de résider dans un hôtel alors que sa demeure, bien qu’étroite, deviendrait très spacieuse pour nous contenir. « Nathalie, je ne sais pas si tu te rappelles de l’impasse qui longeait le cimetière Mozabite? « En prononçant mon petit nom, Ali voulait porter plus de précision comme s’il voulait préciser avec une pointe d’humour : Mme. Nathalie …euh… la fille de Mr. et Mme Picot qui habitaient tout près des familles Benhaffaf et Skander ? Comment oublier cette charmante demoiselle qu’on surnommait : Miss Blida ? >>
Je hochai la tête pour acquiescer. En lui tendant la main pour le saluer, il me tira vers lui pour me faire la bise comme le feraient des membres d’une seule famille. Sans demander notre avis, il ouvrit les portières gauches et nous fit monter rapidement puisque, derrière, la file de voitures commençait à s’allonger. Il conclut que nous venions à peine d’arriver et que nous avons élu domicile dans l’hôtel mitoyen au lycée Duveyrier. Je ressentis la chair de poule parcourir tout mon cœur à entendre de telles paroles émanant d’un cœur sincère, un cœur et un sentiment de probité qui- de notre temps- ne court pas les rues.
…/…
C’est alors que nous arrivons devant son domicile à la route des glacières.
Sa femme ouvrit la porte et, en nous voyant, se sentit gênée de se retrouver face à face à des étrangers alors qu’elle aurait souhaité être plus présentable pour nous accueillir. Elle lâcha quand même un sourire, nous invita à entrer après la plaisanterie lâchée par Ali qui déclara avoir une pointe d’humour : C’est la prise de l’année puis dévoila qui nous sommes. Après les embrassades familiales, et là c’est le terme, elle se précipita vers le salon pour nous inviter de prendre place et de nous mettre à l’aise. J’eus quand même le temps de parcourir des yeux la cour au milieu de laquelle s’élevait majestueusement une vigne dont les branches se croisaient avec le jasmin à l’odeur qui nous rappelait bien le bon temps. Pendant que Robert plaisantait avec Ali, Zohra me tint par la main et m’invita à l’accompagner en dehors de la chambre.A l’approche de l’Iftar, rupture du jeûne, aux environs de 19h30, j’ai remarqué que les habitudes ancestrales étaient toujours de rigueur. C’est dans la cour de la maison largement tapissée pour la circonstance, que la meyda allait servir au rassemblement.
Cour style arabesque A l’époque, du temps de la France, c’était un canon qui tonnait pour signaler la rupture du jeûn. Les choses ayant évolué avec le temps, ce sont les haut-parleurs des mosquées ou alors la télévision qui informe la population de la fin de la journée d’abstinence.
Haik Algérien …/…
Dans le salon, des canapés de style oriental recouverts d’un tissus aux couleurs chatoyantes et le tout, autour d’ une meyda, sorte de table , sur laquelle on ramena un pot d’une plante aromatique pour donner une meilleure ambiance à cette réception impromptue pourtant simple mais émanant de cœurs simples mais combien chaleureux. salon
Elle me fit pénétrer dans sa chambre à coucher et là, sur le lit, était posée ma valise. Je fus interrogative quand la charmante dame me dit : » durant tout votre séjour, ma chambre deviendra la vôtre ! » Je ne sus quoi dire devant tant de gentillesse. Elle me fit visiter hâtivement toutes les chambres ; cuisine, salle de bain, living-room et, évidement les toilettes où j’avais une envie folle de soulager ma vessie qui en avait bien besoin.
Les adultes se préparent aux ablutions et à la prière collective aura lieu au coucher du soleil c’est-à-dire lorsque des minarets des mosquées de la ville se fera entendre El-Adhan, signalant la rupture du jeun. A l’annonce, le chef de famille sert d’Imam pour diriger la prière. Prière collective
Robert et moi, assis sur le rebord des matelas qui cernent la table collective, regardions avec admiration cet engouement de la chose religieuse en guise de remerciement au créateur de les avoir faits naître au sein de cette Umma, cette grande communauté qui ne reconnaît que Allah en tant que maître de l’univers et Mohamed en tant que son fidèle messager et serviteur. Il est vrai que les autres messagers et les autres Livres révélés (comme nous l’apprendrons par la suite) et tel que stipulé dans le CORAN, sont également respectés par ceux qui croient en l’unicité du créateur appelé différemment Seigneur, pour les Chrétiens, et Allah pour les Musulmans. …/… On se croirait dans un conte de fée en voyant ces nombreux plats garnir la table. Les salades de toute nature sur le rebord de la table au milieu de laquelle la fameuse soupe “la Chorba” dont nous avons toujours entendu parler, allait prendre place.
Chorba Il est vrai qu’à l’époque, du temps de notre jeunesse, quand nous résidions la ville, les voisins de quartier nous faisaient parvenir de ces plats variés et, Dieu sait comment et combien nous apprécions leur saveur. Un autre plat allait s’offrir à nous, appelé “Djwez” qui consistait à rassembler des morceaux de viande et certaines légumes. Ce plat, savamment préparé, allait nous faire oublier le délice du premier plat. Les bouteilles de limonades n’avaient pas le temps de se vider que d’autres allaient prendre place. Nous goûtions à tous ces délices et, je me dois de dire, que nous n’étions nullement considérés en tant qu’étrangers mais des membres, à part entière, de cette formidable famille. Osbane Évidemment, le service était ponctué par des anecdotes qui faisaient que nous mangions sans nous rendre compte si nos fragiles estomacs allaient supporter toutes ces variétés exposées devant nous.
Le troisième plat arriva, après avoir vidé ou épuisé le second. C’était de la viande sucrée appelé localement « l’ham El Hlou bel berkouka » préparé aux prunes. Là, je m’avouai vaincue puisqu’il n’y avait plus de place pour contenir quoique ce soit. djelbana …/… La discussion allait bon enfant au milieu des rires et des histoires qui se déversaient autour de la table familiale. La communication se faisait la plupart du temps en Français pour nous permettre de ne pas nous sentir » hors champs » façon de nous intégrer au maximum au rythme fort sympathique de cette magnifique famille. La table débarrassée, le service café allait prendre place. Les bâtonnets de Zalabia et les variétés de sucreries maison arriveront à leur tour.
Sbaa Mhencha Le majestueux couple photos souvenirs d’une des soirées Blidéennes. L’invité du jour , un ancien de Blida , un PN. Le ramadhan dans le monde Musulman avait cette particularité de rassembler et de manger tous ensemble et à la même heure.
Une discipline que ne dissiperont ni les hommes ni le temps. A un moment d’égarement, j’observais ces branches de citronnier qui s’entremêlaient avec les branches de l’oranger comme pour un parfait amour à dessein de livrer le fruit de leur semence à ces gens qui n’ont rien d’expert en arboriculture. Tout autour des grappes de raisin pendaient comme pour signaler leur présence.
…/… Les soirées sont festives puisqu’elles rassemblent, et à tour de rôle, la plupart des voisines du quartier dans une seule demeure. Chacune viendra avec en offrande un plat de sucrerie qui s’ajoutera aux autres sur la meyda comme dans un conte des milles et une nuit. Robert et moi serons conviés le jour et les jours suivants au sein de toutes les familles que nous avons eu à connaître ou à reconnaître.
Nous étions, pour certains, mi allongés, pour d’autres assis à même le sol sur le tapis quant aux plus jeunes, les élégantes demoiselles, chargées du service pour soulager la maman qui eut à préparer durant toute l’après midi toutes ces variétés de plats.
Ali nous apprendra que le mois du Ramadhan était un mois de sacrifice de soi même au service de Dieu. La baraka ou l’auto suffisance était un don divin durant ce mois et les familles nécessiteuses sont naturellement prises en charge par le voisinage. Ceci est une caractéristique de ce mois d’abstinence et le même comportement est partout similaire quel que soit le lieu ou le pays dans ce vaste monde Musulman. Les plus jeunes se lancent sans attendre dans la danse frénétique au rythme de la derbouka, genre de tam-tam, et l’exhibition des corps qui vibrent et se tortillent comme pour parfaire la danse, se fera jusqu’à une heure tardive de la nuit. Au bout des 15 jours que j’ai eu à passer dans ma ville natale, ce n’est pas moins de 17 kg qui sont venus s’ajouter à mon poids (Robert 12) et, qui me croira si j’ajoutais que mes médicaments que je prenais régulièrement pour calmer mes douleurs rhumatismales ont été, comme par enchantement, oubliés puisque j’avoue, le fait de me retrouver dans la ville des roses, a été un remède des plus efficace. oooOooo
…/…
…/… Retour au pays d’exil : la France
Une autre déchirure allait s’imposer. La séparation avec ces nombreuses familles n’a pas été chose facile. Loin de là ! La seule consolation est de revenir et revenir autant de fois tant que Dieu nous accorde vie et santé. Au fond de nous même nous regrettions de ne pas avoir effectué le premier pas les années précédentes. Les gens qui nous ont reçus, les familles que nous avons côtoyées, les paroles à notre égard que nous avons entendues durant tout notre séjour, la gentillesse tout à fait naturelle que nous avons ressentie, tout ceci est difficile à traduire en peu de mots mais, il est à dire que les Algériens sont un peuple magnifique, que les Algériens sont nos frères tellement nous sommes attachés et tellement nous nous comprenons au simple regard…et ceci est énorme .
Photo souvenir des amis de Blida la Rose accueillant Zaragoci en pélerinage, De g à d : Zaragoci (ancien du FCB). Salah(artiste TV) , Khabatou (ancien du FCB)
Zaragoci et le fanion de l’USMB L’origine de notre déracinement est l’œuvre de ceux qui avaient tout à gagner en créant la discorde au sein d’une même famille. Et nous étions une même famille.
Conscients du tissage entre les 2 communautés , les négociations d’Evian entre les représentants des 2 parties en conflit prévoyaient que les Pieds-Noirs étaient libres de partir ou de rester tout en conservant leurs biens acquis à la sueur de leur front. document signé par les 2 parties à Evian Que l’Algérien s’appelle Ali ou Robert, que la femme s’appelle Fatiha ou Josette, ne sommes nous pas des mortels ? Ne sommes–nous pas appelés à partir de ce bas monde avec, en prime, nos actes qui témoigneront de tout ce que nous avons faits comme bien ou en mal ? Ne sommes nous comme des produits…périssables avec un début et une fin ? Je pars du principe que la vie est courte, alors aimons-nous les uns les autres et débarrassons de nos esprits cette haine d’autrui qui ne servira qu’à exacerber notre train de vie. Nous sommes dans ce bas monde que de passage à l’image du nuage qui trône haut dans le ciel puis, sans nous rendre compte, disparait à jamais ! Je ne sais pas si nombreux sont ceux qui perçoivent la chose comme je la perçois puisque notre triste exode –encore elle- a été une déchirure traumatisante, un pan de notre vie qui s’est effacé.
Je ne gagne rien en disant ceci. Une hirondelle ne peut faire le printemps, mais au moins j’éprouve cette profonde satisfaction morale de le dire. J’appelle à l’amour et non pas la haine. Je sème la fraternité entre les gens indépendamment de leur culture et leur race ! Quant à “certains” sites internet que je ne citerai pas, pour ne pas avoir à leur accorder cet honneur , ces sites qui crachent leur venin , sont toujours accrochés à un passé révolu. Ils le font exactement comme quelqu’un qui pense bien faire en gardant les yeux fixés sur le rétroviseur pour se retrouver un jour dans le décors. Le monde évolue à la vitesse d’un TGV , eux par faiblesse maladive et une conscience chargée de remords pour nous avoir extirpés de nos racines, diffusent des documents révoltants dont la plupart sont falsifiés comme s’ils tenaient la boite aux milles secrets alors qu’ils ne représentent qu’eux mêmes. Heureusement que nous , les Français d’Algérie appelés communément Pieds-Noirs, avons pris conscience – bien que sur le tard – que la tragédie qui nous a été imposée par ceux qui étaient sensés nous défendre, cette tragédie ou scénatio monté de toutes pièces consistait – ô mon Dieu – à nous faire croire que nos vies seraient en danger avec l’arrivée des maquisards revenant des djebels, un certain 05 Juillet 1962.
Un demi siècle après notre exode, les langues se délient. Ceux qui nous avaient trempés dans un macabre suicide en nous faisant croire à la « valise ou le cercueil » , ceux là , sentant leur fin prochaine, libèrent leur charge, avouent leurs regrets de nous avoir tout simplement mentis. Se repentir est certainement noble mais pourquoi le faire après un demi-siècle puisqu’on ne peut remonter dans le temps ? La vie est une succession d’expériences. La nôtre fut des plus horribles parce que nous avons été bernés par cette fameuse rumeur et nous été naifs au point où nous nous sommes retrouvés jetés vulgairement dans les cales pour nous retrouver à la merci de gens qui nous accueillirent avec dédain, avec mépris et avec froideur. Ainsi va la vie ! oooOooo Vous aussi contribuez au Post ! Réagir Publier un post en réponse
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par mail Réagir PAROLIER37 le 31/10/2010 à 15:26 C’est avec beaucoup de plaisir et d’émotion que j’ai lu votre témoignage,
merci pour votre vision des choses et des êtres,
ainsi que pour votre compréhension des hommes et de l’Algérie. Envie de réagir à ce post par une photo, une vidéo ou un autre post ?
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